L'évangélisation

« L'ÉVANGÉLISATION »

« Nous te rendons grâces car depuis plus de 150 ans, la Bonne Nouvelle de ton Évangile est venue jusqu'à nous ! »

Lorsque les Pères Caret et Laval et leur compagnon débarquèrent pour la première fois aux Gambier le 10 août 1834, ce n'était pas par goût de l'aventure, encore moins pour satisfaire des ambitions personnelles. Ils étaient envoyés par l'Église, ils étaient l'Église elle-même dans sa fidélité au suprême commandement de Jésus : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples... » (Mt 28,18).

Ces premiers missionnaires — ainsi que tous ceux et celles qui à leur suite, durant un siècle et demi, ont quitté leur terre natale pour venir porter l'Évangile en Polynésie, n'ont cessé de témoigner et de rappeler que pour tout disciple de Jésus, évangéliser n'est pas quelque chose de facultatif. C’est un devoir. Il y va de son union au Christ et de son incorporation à l'Église par le Baptême. « Nous ne pouvons pas nous taire ! » disaient déjà les Apôtres Pierre et Jean (Ac 4, 18-19), devant le tribunal qui leur interdisait de prononcer et d’enseigner le Nom de Jésus. « Malheur à moi si je n'évangélise pas ! » déclarera l'Apôtre Paul (1 Co 9,16).

Et, plus près de nous, le Pape Paul VI : « Évangéliser, c'est la grâce et la vocation propre de toute l'Église, son identité la plus profonde ». C'est dire que le chrétien qui n'évangélise pas, n'est plus vraiment disciple de Jésus, membre de l'Église.

Dans sa lettre apostolique du 30 décembre 1988 « Christi fidèles laïci », Jean-Paul II précise : « C'est par le moyen de l'Évangélisation que l'Église se construit et se forme comme communauté de foi, et plus précisément comme communauté d'une foi confessée dans l'adhésion à la Parole de Dieu, célébrée dans les Sacrements, vécue dans la charité qui est comme l'âme de l'existence morale chrétienne » (n. 33).

L'Évangélisation n'est pas d'abord une entreprise humaine, même si elle doit se donner des moyens de formation, d'expression, voire des structures et des méthodes, qui peuvent faire penser à une organisation humaine. Elle est avant tout un feu d'amour, jailli du Cœur du Christ, répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint. Elle est la volonté du Seigneur que soit étendue, offerte à tous les hommes, la grâce du salut : « Je suis venu allumer un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! » (Lc 12,49). Paul l'exprimera d'une autre manière dans sa lettre à Timothée : « Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4).

L'Église est née le jour de la Pentecôte, quand ce feu de l'Amour s'est emparé des Apôtres, et les a lancés à la rencontre des hommes...

Chaque disciple du Christ se doit donc de participer à l'évangélisation des hommes et de la société dans laquelle il vit. Chacun à sa mesure, selon les grâces reçues. Certains, davantage par la prière, à l'image de la petite Thérèse de Lisieux ou de nos Sœurs Clarisses de Papeete, — leur prière d'adoration et de contemplation nous rappelant que l'évangélisation est avant tout l'œuvre de l'Esprit-Saint, de Celui seul qui touche les cœurs, éclaire, convertit.

D'autres sont appelés à évangéliser par l'humble témoignage quotidien d'une vie de famille vécue dans l'amour et le pardon, des services rendus au voisin ou dans la paroisse, de l'engagement pour plus de justice, du courage à affirmer sa foi et à rendre compte de son espérance... C'est a eux que s'applique la belle parole de Jésus : « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu'en voyant vos bonnes actions, ils rendent gloire a votre Père qui est aux cieux » (Mt 5,16). Chemins discrets de l'Évangélisation que bon nombre de chrétiens de Polynésie - mais tous n'en ont pas encore pris conscience... - tracent chaque jour.

N'oublions pas qu'une autre manière d'évangéliser — et non des moindres - est de travailler à la transformation de la société dans laquelle on vit, en l'imprégnant des valeurs évangéliques. Dans toutes les parties du monde où ils ont été envoyés, les missionnaires - prêtres, religieux, religieuses ou laïcs - ont toujours lié inséparablement l'annonce de l'Évangile à l'humanisation de la société, en ouvrant des écoles, des centres de soin, en travaillant à l'élimination de toutes les formes d'oppression (exploitation, esclavage...), en contribuant au développement des ressources humaines et naturelles. Même s'il y eut quelques bavures, on peut affirmer globalement que l'histoire des missions est une histoire d'amour de l'homme, de tout homme et de tout l’homme.

Sans jamais oublier que « l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Ornous vivons dans un monde où l'athéisme, mais surtout l'indifférence religieuse — dus en grande part à la suprématie de l'argent et à la course à la consommation — ont largement gagné les pays dits « développés » tels que la France, et risquent de contaminer des pays comme la Polynésie. Et c'est peut-être pour des régions comme la nôtre, que Jean-Paul II écrit : « En d’autres pays, on conserve encore beaucoup de traditions très vivantes de piété et de sentiment chrétien. Mais ce patrimoine moral et spirituel risque aussi de disparaître sous la poussée de nombreuses influences, surtout celles de la sécularisation et de la diffusion des sectes. Seule une nouvelle évangélisation peut garantir la croissance d'une foi claire et profonde... il est urgent partout de refaire le tissu chrétien de la société humaine. Mais la condition est que se refasse le tissu chrétien des communautés ecclésiales elles-mêmes » (Christi fidèles laïci, n. 34).

Depuis 20 ans dans notre diocèse, l’évangélisation, pour s'adapter aux changements profonds de la Polynésie depuis 1964, a pris des visages et un élan nouveaux. D'abord les deux premiers Synodes de 1970 et 1973 qui ont fixé les axes principaux : les vocations et les familles. Puis l’approfondissement par la Révision Apostolique de 1978 qui a coïncidé, providentiellement, avec l'émergence du Renouveau charismatique. C'est progressivement tout le diocèse qui se renouvelle en profondeur, ce qui, avec l'étape importante du Jubilé des 150 ans de La Mission en 1934, culmine dans ce 3ème Synode diocésain qui nous fait « marcher ensemble vers les autres » à l'orée de l'an 2000.

Si la Commission du Synode sur l'Évangélisation n'a pas pu embrasser toutes les dimensions de l’évangélisation, et n'en a retenu que trois aspects, trois engagements-clés, c'est avec une conscience aiguë qu'il appartient à toute l'Église diocésaine, et donc à chacun de ses membres, de travailler solidairement à ce que l'Évangile soit annoncé et vécu sur ce coin de terre où le Seigneur nous a placés ensemble.

Ces 3 engagements-clés sont :

1-  l'évangélisation des enfants par la catéchèse ;
2-  l’évangélisation des «plus pauvres» de notre société polynésienne ;
3-  l'évangélisation par l'accueil et l'accompagnement de ceux qui demandent leur entrée dans l'Église.

Ceux qui ont assumé de telles responsabilités, demandent à n'être pas considérés comme des marginaux : dans l'Église, Ils se veulent en lien avec tous leurs frères, soutenus par eux. Ils espèrent aussi que leur réflexion, leurs propositions seront reçus par tous comme un stimulant, un appel, a participer davantage à la mission de l'Église : « L'homme est aimé de Dieu ! »Telle est l'annonce si simple et si bouleversante que l'Église doit donner aux hommes. La parole et la vie de chaque chrétien peuvent et doivent faire retentir ce message : Dieu t'aime ! Le Christ est venu pour toi ! Pour toi, le Christ est « le Chemin, La Vérité et la Vie » (Jn 14, 6) — (de la lettre de Jean-Paul II, « ChristI fidèles laïci », n. 34).

Mgr Michel Coppenrath

Propositions sur « L'ÉVANGÉLISATION »

adoptées à l'Assemblée Générale du samedi 18 novembre 1989

 

Des chrétiens appelés à annoncer l'Évangile
et à en être témoins...
dans la Catéchèse en paroisse :

D-1    Présentation des catéchistes à la paroisse en début d'année au cours d'une cérémonie d'envoi y associer parente et enfants. En cours d'année, à l'occasion d'une assemblée générale des catéchistes, cérémonie du renouvellement du mandat par Mgr Michel après en avoir informé les familles.

D-2    Qu'un catéchiste soit membre du Conseil Pastoral Paroissial.

D-3    Que tous les catéchistes participent chaque année à une des retraites qui leur seront réservées.

D-4    Maintien des rencontres trimestrielles de formation pour Tahiti et Moorea.

D-5    Le premier éveil à la foi des enfants se fait à la maison, en famille bien avant leur première inscription au catéchisme.

D-6    Que les catéchistes et le prêtre accueillent, rencontrent les parents et les fassent se rencontrer à certaines occasions bien choisies : début de l'année scolaire - célébration commune - préparation des enfants aux sacrements - réunions sur l'éducation religieuse et humaine de l'enfant.

dans l'accueil des nouveaux convertis :

D-7    Choisir avec soin un parrain et une marraine dès le début de la catéchèse mais aussi faire appel à un groupe de témoins pour l'insertion du catéchumène dans la communauté paroissiale.

D-8    Que cette volonté d'accueil soit manifestée au cours d'une cérémonie.

D-9    L'initiation aux sacrements notamment l'Eucharistie et la Confirmation durera un an et demi (1 an 1/2). La Confirmation se donnera après l'Entrée en Église.

D-10  Cette initiation comportera un enseignement adapté expliquant bien le rôle confié à Marie - le fait que Jésus est le Fils unique de Marie - Que les catéchumènes soient bien éclairés sur la doctrine et la pratique de chaque sacrement. L'enseignement oral sera complété par quelques documents écrits et illustrés laissés à ceux-ci.

D-11  Que les convertis surtout dans les 2 premières années après leur admission dans l'Église soient regroupés autours d’une récollection pour mieux vivre leur expérience et partager leur richesse de grâces.

à la rencontre des « plus pauvres » :

D-12  Création dans les paroisses d'un Comité d'accueil capable d'apporter un soutien moral, matériel et spirituel « aux plus pauvres ». À ce Comité devraient participer les représentants des mouvements existants. Il aurait aussi à développer un esprit d'accueil commun à toute la paroisse.

D-13  Que ceux et celles qui ont des tâches d'évangélisation ou souhaitent s'y consacrer, puissent bénéficier d'une formation pour partager l'expérience apostolique - développer la spiritualité de l'accueil - et comprendre toutes les conditions de l'Évangélisation selon le Nouveau Testament et l'enseignement dé l'Église. Que les nouvelles écoles mises en place y pourvoient.

D-14  Pour ceux qui n'exercent pas ou ne sont pas appelés au diaconat, katekita, etc... qu'une École de la Foi soit ouverte donnant formation catéchétique - biblique - liturgique - théologique - orientée vers l'apostolat. Que les candidats soient présentés par les responsables de la paroisse.

N.B.     En beaucoup de points, les propositions de la Commission rejoignent celles de la Commission de « Formation » déjà adoptées. Nous demandons à l'Assemblée de ce soir d'adopter également celles-ci à moins qu'à son avis elles soient en contradiction avec les orientations de la Commission de « La Formation ».

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